Actualités

S'aimer, malgré ses souffrances

S'aimer, malgré ses souffrances


S’il est un mot tabou que la plupart des gens évitent de nommer, c’est bien le mot «souffrance», comme ce l’était avant Freud pour le mot «sexe». Nous pouvons dire que nous avons un cancer, que nous avons perdu un être cher, que nous avons été viré, que nous sommes en congé de maladie pour cause d’épuisement professionnel, mais nous ne nous sentons pas à l’aise d’exprimer la souffrance sous-jacente à ces épreuves.

La vérité, c’est que la souffrance fait peur. Nous cherchons à la fuir plutôt qu’à l’accepter. Nous ne voulons pas souffrir, ce qui est très normal. Aussi, quand nous parlons de nos épreuves, nous nous limitons la plupart du temps à raconter les faits qui les entourent ou à blâmer nos déclencheurs. Nous manifestons rarement la douleur psychique qui nous habite, et ce, pour deux raisons importantes. La première réside dans le fait que la plupart d’entre nous sont très mal à l’aise avec les émotions douloureuses, autant les nôtres que celles des autres. Il est donc très difficile de trouver quelqu’un capable de nous écouter et d’accueillir notre souffrance sans la réprimer puisque nous ne le faisons pas pour nous-même. Nous ne laissons donc émerger notre peine, notre tristesse et notre découragement que dans des lieux isolés comme la chambre à coucher, la salle de bain ou quelque part dans la nature, là où personne ne peut nous voir ni nous entendre.

La deuxième raison pour laquelle nous n’extériorisons pas nos émotions désagréa­bles est que nous avons honte de notre vulnérabilité et peur de la dévoiler. Nous la jugeons sévèrement comme étant une faiblesse. Nous ne l’acceptons pas parce que nous croyons que nous montrer vulnérable, c’est avouer notre fragilité et risquer d’être blessé davantage. Cette honte et cette peur s’expliquent facilement: devant la réaction défensive bien inconsciente de ceux à qui nous avons révélé notre sensibilité dans le passé, nous nous sommes probablement senti encore plus seul et plus abandonné qu’avant de nous livrer.

Pourquoi refouler?
Cette réalité nous explique pourquoi des personnes proches de nous physiquement sont parfois loin psychologiquement. Au lieu d’accueillir réciproquement nos émotions douloureuses, nous y répondons par la banalisation, le conseil, la rationalisation, la morale, la généralisation, la théorisation, le jugement, la projection de nos propres expériences, la thérapie sauvage, la prise en charge ou la fuite. Pour ne pas ajouter les sentiments de rejet, d’abandon, d’incompréhension ou de culpabilité à la souffrance déjà vécue, nous la réprimons. Ce faisant, nous nous créons petit à petit des malaises physiques ou psychiques ou des problèmes relationnels qui nous forcent à accueillir, à apprivoiser et à accepter un jour les contenus de la caverne de nos refoulements.

Ce phénomène est maintenant reconnu dans tous les milieux de la santé. Le lien entre la blessure psychologique et la douleur physique a été largement démontré par une multitude d’auteurs. Pourtant, même si nous connaissons ce lien, nous continuons à réprimer nos émotions et à chercher un soulagement à nos blessures dans des dépendances de toutes sortes: dépendances aux médicaments, à la nourriture, à la télévision, à l’alcool, à la drogue et surtout dépendances au regard des autres, à leurs opinions, à leur amour et à leur reconnaissance.

Pendant ce temps, les souffrances causées par nos blessures s’accumulent. Ceux qui sont les plus blessés finissent par se trouver aux prises avec une charge de vulnérabilité tellement grande qu’aucune dépendance ne peut en diminuer l’intensité. Envahis par cette vulnérabilité qu’ils jugent et qu’ils rejettent, arrive un moment où ils ne peuvent plus la fuir. Elle les submerge. Comme ils ne s’en sont peut-être à peu près jamais occupés, ils ne savent pas comment y faire face, encore moins comment se libérer du magma d’émotions qu’ils ont trop longtemps et trop souvent refoulées. Ils se sentent noyés dans un océan de troubles intérieurs devant lesquels ils sont dénudé de ressources. De plus, leur état émotionnel suscite en eux des pensées négatives qu’ils n’arrivent pas à contrôler, ce qui les rend encore plus malheureux.

Qui ne se reconnaît pas dans ce portrait? Qui n’a pas vécu ce sentiment profond d’impuissance quand l’une de ses blessures psychiques a été ravivée par un déclencheur extérieur ou alimentée par son imaginaire? Qui ne s’est pas demandé quel moyen prendre pour s’en libérer?

Une étape à la fois
Dans les situations où elles se sentent totalement dépourvues de ressources, certaines personnes baissent les bras et se résignent, alors que d’autres se débattent pour survivre. Peu nombreux sont les gens qui savent vraiment comment trouver la paix.

Je ne crois pas qu’il soit possible de trouver, uniquement dans le monde extérieur, une solution durable à la souffrance causée par nos blessures. La paix du cœur et de l’âme a sa source à l’intérieur de nous-même. Pour l’atteindre, nous devons tous traverser des étapes, et celles-ci correspondent à celles du cheminement de notre vie. D’ailleurs, nos blessures ne sont-elles pas des moyens que la vie nous offre pour nous guider vers l’amour de nous-même? Ne sont-elles pas des éclaireurs dans notre recherche de bien-être et de liberté? Ne sont-elles pas des chemins devant lesquels la vie nous place pour faciliter l’acceptation et l’amour de nous-même? Nous avons le choix de nous en servir pour nous construire et nous renforcer intérieurement ou pour nous victimiser et nous détruire. Pour ma part, après m’être débattue, j’ai fini par choisir la première voie parce qu’elle seule me procurait un soulagement durable. Choisir cette voie impliquait que je franchisse les étapes suivantes: le ressenti et la prise de conscience, l’acceptation, le lâcher-prise et la création de soi et de sa vie.

La traversée de ces étapes m’a permis de répondre aux questions suivantes. Peut-on par l’acceptation de soi soulager la souffrance causée par nos blessures? Si oui, comment faciliter cette acceptation? Je peux dire aujourd’hui sans hésitation à celui qui souffre à cause de ses lésions psychiques que le franchissement de chacune de ces étapes, dans le respect de son rythme et du rythme de la vie qui l’habite, le soulagera. Cela ne signifie pas qu’il ne sera plus jamais blessé ni qu’il ne souffrira plus jamais, mais qu’il aura trouvé en lui les ressources nécessaires pour composer avec sa douleur. S’il s’investit dans ce processus d’acceptation, il saura utiliser ces ressources ici et maintenant pour connaître la paix, la sérénité et la liberté intérieures et pour aimer et s’aimer au-delà de toutes ses blessures.

© 2018 Centre de relation d’aide de Montréal inc. CRAM, ANDC, APPROCHE NON DIRECTIVE CRÉATRICE & le Service ANDC-AIDE sont des marques de commerce (MD). Tous droits réservés.